La beauté nous unit - l’art chinois des musées du Vatican

Pékin : exposition de 28 mai - jusqu’au 14 juillet 2019

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Le 28 mai 2019 a été inaugurée l’exposition d’une importance historique remarquable : Beauty Unites Us - Chinese Art from the Vatican Museums.

L’exposition s’inscrit dans le cadre d’un projet plus vaste et plus original qui a été inauguré en 2017 sous le titre La Beauté Nous Unit  : un partenariat d’échange mutuel entre les Musées du Vatican et le Fonds chinois pour les investissements dans l’industrie et la culture (fondé en 2011). L’exposition qui vient d’être inaugurée est la première de deux expositions annoncées il y a deux ans, lorsqu’il a été établi qu’à partir du printemps 2018 deux expositions simultanées auraient lieu, l’une aux Musées du Vatican, l’autre dans la Cité interdite à Beijing.
L’intention du projet Beauty Unites Us est clairement orientée vers une collaboration culturelle, réalisée à travers des formes typiques du langage universel de l’Art. Une telle collaboration n’est certainement pas nouvelle pour les Musées du Vatican, mais c’est la première fois que l’institution du musée papal organise une exposition, comme l’a déclaré Barbara Jatta, directrice des Musées du Vatican, lors de la conférence de presse tenue le 27 mai 2019 aux musées du Vatican.

Déjà dans sa formulation, l’exposition a vu une collaboration fructueuse entre les commissaires : le Père Nicola Mapelli, responsable du département Anima Mundi des Musées du Vatican, et Wang Yuegong, responsable du département de Palace Life and Imperial Ritual de Pékin.

L’exposition restera ouverte jusqu’au 14 juillet 2019 : une occasion de se remémorer, de consolider et de renouveler un dialogue qui trouve des points de contact intéressants, des échanges profonds, des harmonies communes.
A la conférence de presse du 27 mai, Madame Barbara Jatta, directrice des Musées du Vatican, s’est exprimée en ces termes : "Il s’agit d’une double exposition : nous apporterons en Chine des œuvres d’art chinois en notre possession et le gouvernement chinois enverra ses œuvres pour qu’elles soient exposées dans notre musée ethnologique.
En effet, une fois l’exposition de Pékin terminée, ce sera la résidence pontificale et les musées du Vatican qui accueilleront certaines des œuvres choisies par le Musée du Palais à Pékin.

La beauté est le visage donné à l’exposition comme une mélodie liante, comme un langage commun et intraduisible en termes verbaux  : les distances linguistiques et culturelles sont réduites grâce au langage figuratif, grâce aux mêmes thèmes sacrés et parfois grâce aux techniques exécutives ayant la même origine.
Les peintures d’artistes occidentaux (Federico Barocci avec le Repos pendant la Fuite en Egypte ou Peter Wenzel avec Adam et Eve dans le Paradis Terrestre, dont il a déjà été discuté : https://www.assau.org/chine-le-saint-siege-a-l ) sont associées à des représentations franches des figures les plus caractéristiques de l’art chinois, dont les contours clairs semblent évoluer sans gravité dans le temps et dont les couleurs claires font la grâce qui habite et peuple la culture chinoise : la Fuite en Egypte est une illustration remarquable, exposée dans cette exposition. Ici, les figures protagonistes sont gravées d’une ligne claire, décryptées pour un échange direct de regards entre la Vierge et Joseph, caressés par le vent léger qui n’ose pas les déranger, enveloppés dans l’éternité d’un paysage non précisé.

La Fuite en Egypte ; début du 20ème siècle.

En regardant le Repos de Federico Barocci, la différence de technique, de la fonction de couleur et de ligne de la représentation, de la relation entre les figures et le paysage devient immédiatement évidente. Le sujet représenté par Barocci, le Repos pendant la Fuite en Egypte est, au contraire, tout construit sur la couleur, il n’y a pas de lignes sauf celles qui fléchissent invisiblement entre les gestes des personnages, indices du mouvement.

Federico Barocci, Repos pendant la Fuite en Egypte, 1570- 1573. Rome, Pinacoteque Vaticane.

Chez Barocci, la couleur et la lumière submergent les formes, plient les vêtements, nouent les figures dans des correspondances tonales : et ces aspects sont typiques d’un art qui nous est familier. Il y a des différences structurelles, visuelles et culturelles, mais il y a des horizons communs, des racines qui nous unissent même.
Quelle surprise - à cet égard - de voir une technique, également très répandue en Europe, tout aussi répandue et admirablement développée en Chine : le cloisonné.
A cloisonne est faite la Croix de l’Eglise catholique de Pékin, l’Eglise du Sauveur, dont une reproduction fidèle est exposée dans l’exposition : une lueur de couleurs compose les parties, les volutes et les petites décorations naturalistes lui donnent un goût vivant.

Croix, début du 20ème siècle ; cloisonné. Reproduction de la croix de l’Église catholique de Pékin, Église du Sauveur.

La technique du cloisonné - également connu en Europe sous le nom de’lustre de Byzance’, en Chine sous le nom de jingtailan - est très ancienne : de l’Egypte, il passe aux Goths et aux Lombards, il est embelli au Xe siècle avec l’art byzantin, il est raffiné à Venise, plus tard. Très populaire en France, en Allemagne, en Italie et en Géorgie, elle a connu un grand succès à partir de la fin du XIIIe siècle en Suisse, en Espagne et même en Scandinavie jusqu’au XVe siècle, date à laquelle elle a connu le goût de l’Extrême-Orient et de ses dynasties impériales. Aujourd’hui encore, la ville de Pékin se vante d’exprimer par l’artisanat du cloisonné tout le goût et l’élégance qui font référence à ses racines des dynasties impériales.
Un exemple de voyage entre Orient et Occident mis à jour par l’exposition Beauty Unites Us - Chinese Art from the Vatican Museums.
Ce n’est pas un hasard si, lors de la conférence de presse, le Père Nicola Mapelli, commissaire du Musée Anima Mundi, a rappelé que " plus de la moitié des œuvres que nous conservons concernent des cultures et des peuples non européens : ce sont des milliers d’objets d’art. Dans la section Anima Mundi, tout le monde trouve l’hospitalité parce qu’encourager le dialogue entre les cultures est l’objectif que nous nous sommes fixé.
Jiancheng Zhu, secrétaire général du Fonds chinois d’investissement pour la culture, a remercié le Vatican lors de la conférence de presse pour l’excellent travail qu’il a accompli pour créer les deux expositions sino-Vaticanes, puis a déclaré : "Cet événement est très important pour promouvoir la compréhension et la confiance mutuelles, il renforcera l’amitié et la normalisation des relations diplomatiques entre la Chine et le Vatican.
Le sceau de cette amitié sera ensuite la prochaine exposition, qui se tiendra bientôt au Vatican, où seront exposés douze tableaux de Maître Zhang Yan, dont celui de Lama Staff de Fer, qui a été offert au Pape François en signe d’amitiéle 31 mai dernier, au nom de 1,4 milliard de chinois.

Auteur : AFP LaPresse ; Remerciements : AFPN ; Copyright : LaPresse

"La beauté est un besoin pour tous", a dit Madame Barbara Jatta : "La diplomatie artistique" signifie faire partie d’une tradition séculaire de l’Eglise, ce qui est fondamentalement - conclut la directrice des Musées du Vatican - "ce que le Saint-Père attend de "ses" musées !"

Article redigé par Dr Elena De Panfilis

Voir aussi :

- La diplomatie de la culture : https://www.assau.org/les-musees-et-la-diplomatie-de-la ;
- L’Art comme pont entre peuples et cultures : https://www.assau.org/l-art-pont-entre-peuples-et ;
- Les initiatives du Musés du Vatican : https://assau.org/muses-du-vatican

Un exemple de dialogue. Matteo Ricci et la Chine :

- Colloque à l’UNESCO : https://assau.org/de-l-amitie-une-methode-pour-la ;
- Exposition à Lisieux (France) : https://assau.org/exposition-matteo-ricci-au-service ;
- Entretiens à Caen :
https://assau.org/matteo-ricci-de-l-amitie-une ;
https://assau.org/exposition-le-monde-de-meilin-a ;
https://assau.org/choc-des-civilisations-ou-dialogue.